Espèces d'espace
by Tazio Madliger
Slider Nr. 6/98
- Accélère, décélère.
- Ouais! Et t'en fais quoi de tes trajectoires toi?
Au delà des pliages, de la grande bouffe de paquets de sauts ou de la fin d'une saison,
le temps et les rythmes cycliques de touts les navigants de l'éspace atmosphérique
devraient parvenir à un moment de suspension. Ne sarait-ce que pur y réfléchir un peu
à nos évolutions légères...
- C'est un de quoi ça que tu parles?
- Bin, un moment de arrêt du mouvement général. Comme s'il y avait un sens, quoi. Un
point de départ et une arrivée à établir.
- Et t'appelles ça des trajectoires toi? Des lignes suspendues dans l'espace qui
s'arrêtent dans le temps?
- Bin, ouais.
- Ça a l'air moche et compliqué tout ça. Surtout en face de la liberté créatrice du
vol trois-dé..-
- Là chuis pas d'accord: y a pas de créativité sans idée. Sans ça y aurait qu'une
grosse pagaille cacaotique.
- K.O.-tique??
- Ouais, c'est ça. Ce ne serait plus marrant du tout si on ne cherchait pas d'autres
trajectoires... juste pour varier un peu le jeu.
...de façon que les cycles se reproduisent non pas mécaniquement, dans la
consommation pure et simple d'un jeu, mais qu'on puisse les reconstituer de façon
progressive. Rien d'autre que pour cette raison il serait bien utile de faire, de temps en
temps, un petit bilan de la situation, tout en regardant dans nos carnets de sauts agendas
photos ou vidéos...
C'est donc à ce propos que je m'apprête ici, dans ce (paraît-il) dernier «Slider», à
faire un résumé en chiffres et en lettres de la seule école de Free Fly en Suisse.
Après un début incertain en '97, «XLR-8» a accompli en '98 un sacré nombre d'orbites
autour de la planète Skydive: 400 sauts «one-on-one», 250 «many-on-one», 100 sauts
d'entraînement pour le projet «XLR-8 freefly 10-way»; réalisant ainsi un total de 2600
sauts en '98 et une scène-freefly solide et croissante à Locarno.
Le freefly est, chez nous comme partout sur Skydive, en forte expansion. Et comme partout,
chez nous aussi c'est essentiellement du «head-down». En effets parmi les sauts
d'école, la tendance des requêtes est au 90% pour le «head-down» (le reste se
résumant en «head-up» et mouvements spécifiques). Les raisons de ce «trend» ne
peuvent se réduire qu'à la mode, à l'esthétique de ses images et au charme du
nouveau... elles sont dramatiquement plus profondes.
D'un côté il y a certainement la fascination pur l'efficacité extrême du
vol à partir de cette position que, pour de raisons simplement anatomiques, nous permet
des déplacement et des arrêts radicaux. Ce que entraîne, dès les premières
réussites, une grande satisfaction individuelle. D'autre part, au fur et à mesure que la
technique s'affine, on aimerait aussi que cette satisfaction de sois-même soit reconnue
par les autres. Et là il nous faut des images, de préférence en vidéo. Mais non
seulement des images: il nous faut surtout des prototypes, des modèles de vol qu'on
puisse imiter de façon de plus en plus parfaite. En somme la mode du «head-down», tout
en fixant des stéréotypes de sa façon de voler, à déjà établi les bornes de
l'évolution du freefly. C'est comme si à l'évolution technique du freefly ne
correspondait pas une conscience adéquate de toutes ses possibilités, mais seulement une
image mystifiée d'un de ses aspects spécifiques élevé à critère absolu.
Il suffirait d'ailleurs de
bien peu de sens critique pour se rendre compte que le «head-down» n'est rien d'autre
que la tentative de reproduire les modalités vol du VR-à-plat avec d'autres techniques.
Les principes sont les mêmes: la recherche d'un taux de chute optimal, la détermination
d'un lieu (ou: niveau) de travail, la définition des repères et des axes, l'économie et
l'harmonie des mouvements. Par contre, il y a bien peu de freeflyers prêts à admettre
que leur performance est encore peu de chose par rapport à celle d'une équipe VR-à-plat
de moyen niveau... Voilà ici que la mystification se reproduit et agit sous de nouvelles
formes: celle de la révolution ou libération du freefly (mais par rapport à quoi?),
celle du vol en trois-D (il y en aurait-t-il d'autres?), celle de la difficulté (naïve
présomption), celle du Nouveau Bodyflyer (cool!)...
En vérité le freefly conserve un potentiel considérable, mais à condition qu'on
l'entende pour ce qu'il représente vraiment: une sorte d'expérimentation dans le domaine
du vol relatif, où la «position» de vol, en dépit de toute «position»
prédéterminée, est tout à fait fonctionnelle à la situation qui se présente. Voilà
la seule et grandiose nouveauté qu'il représente: le fait de considérer la valeur et
l'utilité d'une quelconque «position», seulement par rapport à son efficacité
aérodynamique. Dans ce sens on peut penser au freefly comme à une technique globale qui
établit les conditions pragmatiques de l'évolution du vol humain en général.
Afin que tout cela n'en reste pas qu'aux bons propos, il nous faudrait varier un peu le
jeu...
- ...et peut-être y ajouter de bons changements de vitesse à ces
trajectoires...
Ca a toujours l'air d'être un peu trop compliqué...
Avant de saluer les lecteurs de «Slider» et tous ceux
avec qui j'ai eu le plaisir de voler pendant cette saison, je tiens beaucoup à remercier
Para Centro Locarno et tous ceux qui ont eu confiance et m'ont soutenu dans la
réalisation de l'école de freefly «XLR-8. Un merci chaleureux aussi à la rédaction de
«Slider» et à tous ses collaborateurs.
CIAO! |